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Après la Hollande,
nous faisons une courte étape à Emden, où
Sylvain a passé 6 mois à l’âge de
11 ans. Retrouvailles émues avec sa famille d’accueil,
Sylvain redécouvre cette petite ville et reconnaît
de nombreux coins de ses jeux d’enfants, et même
de ses premiers jeux d’adolescents… Lotte et Erwin,
le couple qui accepta de prendre cet enfant terrible dont
St Jean de Livet ne voulait plus, nous accueillent très
chaleureusement. Erwin, francophile convaincu, organise chaque
année depuis 37 ans des camps de jeunesse en France
pour réconcilier les deux nations. Passionné
d’histoire, il nous fait visiter le musée sur
la guerre qu’il a créé dans un bunker.
De nombreux objets personnels récupérés
auprès de la population locale témoignent des
temps difficiles qu’ont connus les Allemands pendant
la dictature d’Hitler. Nous restons assez étonnés
mais heureux de pouvoir aborder ce sujet grave quelques heures
seulement après notre passage de la frontière
allemande. L’occasion est trop belle, ce musée
est extrêmement bien fait, instructif, il s’attache
à décrire le quotidien de la population d’Emden
pendant les bombardements alliés. On y trouve toutes
sortes de choses, de nombreuses affichettes de propagande,
des bardas préparés en cas d’alerte pour
rejoindre au plus vite la pièce du bunker attribuée
à chaque famille. Nous sortons du bunker un peu émus,
et convaincus, si nous devions encore l’être,
que la guerre est terrible quel que soit son camp…
Pour nous remettre un peu sur pied, Erwin et Lotte nous invitent
dans leur brasserie favorite où nous acceptons poliment
de goûter au sushi allemand, un filet cru de hareng,
qui ne passe définitivement qu’avec une bonne
dose de sauce sucrée.
Une bonne nuit dans un lit douillet et nous partons pour le
Grand Nord. Nous allons passer presque 2 semaines à
découvrir la Scandinavie.
Première étape, le Danemark, où nous
rencontrons comme prévu les responsables de Novo Nordisk.
Nous sommes chanceux, notre visite coïncide avec un voyage
de presse qu’ils organisent pour inaugurer leur nouvelle
usine. Après avoir couru un 100 mètre au milieu
de la circulation, nous intégrons le bus de journalistes
parti beaucoup trop à l’heure pour nous…
Nous sommes inscrits sur les listes comme étant les
deux « French Journalists », pas mécontents
du titre, nous laissons planer un temps le doute quant à
la réalité de nos attributs. Sans nous démonter,
nous participons à la journée, fort instructive,
et nous nous retrouvons même par hasard à la
table du PDG de la douzième entreprise danoise pour
déjeuner. Le matin même, nous dormions sous la
tente, raccourcis étonnants de la vie de nomade.
Les Danois sont vraiment des gens charmants et nous assistons
à la fameuse inauguration où les discours du
maire et des directeurs se succèdent dans une ambiance
bonne enfant. Notre maîtrise limitée de la langue
de Kierkegaard nous oblige à nous contenter de rire
et d’applaudir au rythme de la majorité…
Mon esprit est déjà à Stockholm.
Après 6 heures de route, nous arrivons donc dans la
capitale suédoise. Notre rencontre avec le responsable
environnement de Scandic Hotel se passe très bien.
Comprenant vite le caractère spartiate de notre voyage.
Il nous propose habilement de nous faire découvrir
une « éco-chambre », nous acceptons pour
les besoins du reportage.
N’ayant plus de rendez-vous avant une semaine, nous
profitons de Stockholm pleinement. C’est une magnifique
ville, à l’architecture variée et aux
couleurs chaudes.Un port très agréable pour
ces soirées d’été. Nous décidons
de visiter un musée consacré à la remise
à quai d’un somptueux vaisseau de plus de 90
mètres qui a coulé (lors de sa mise à
l’eau) en 1696. Ce naufrage, devenu une légende
de la ville, fut redécouvert en 1950 par un Suédois
acharné qui, avec l’aide du roi, déploya
les moyens nécessaires (colossaux) à son excavation.
Aujourd’hui, le musée du Vasa abrite en son sein
cet impressionnant navire et entretient le souvenir.
Dans le musée, je tombe nez à nez avec John,
un camarade d’école rencontré le mois
dernier… Surpris autant que moi, nous décidons
de nous retrouver tous ensemble le soir pour fêter cet
heureux hasard.
Il est venu à Stockholm avec deux amis d’école
que je connais moins et ensemble nous nous rendons dans un
des bars branchés de Stockholm. Nos cinq paires d’yeux
français se laissent bercer par le ballet incessant
de jolies filles qui n’arrêtent pas d’arriver.
Si John s’est souvenu de moi, c’est parce que
pendant ses oraux, je l’avais pris en stop pour l’emmener
à la gare. Je remercie le ciel d’avoir pris en
stop autant de gens pendant mon école. Au cours de
la soirée, nous entendant parler français, Katharina,
une Suédoise d’une trentaine d’années
nous aborde pour pouvoir parler français avec nous,
elle a vécu deux années heureuses à Paris
et parle un français excellent. Nous sympathisons rapidement
avec cette fille vive et chaleureuse. Et au bout de 10 minutes,
elle nous propose de venir passer le week-end suivant dans
la maison familiale sur une des îles de l’Archipelago
qui sépare Stockholm de la mer baltique. Nous revenons
de cette soirée enchantée avec le sourire aux
lèvres, ravie d’avoir eu l’occasion de
rencontrer des Suédois.
Nous sommes Jeudi, nous savons ce que nous ferons Samedi et
Dimanche mais en attendant… « Pourquoi ne pas
aller à Oslo ? » me lance Sylvain comme un défi.
« C’est parti ! ».
La route qui mène de Stockholm à Oslo est longue
mais longe de somptueux lacs, surtout au coucher du soleil.
Comme le soleil met près de trois heures à se
coucher, on prend le temps en une soirée de profiter
de plusieurs tableaux somptueux.
Oslo n’a, de prime abord, pas le charme de Stockholm.
C’est une ville d’architecture plus récente,
moins envoûtante que sa sœur suédoise. L’après
midi, nous visitons les musées à la gloire des
explorateurs norvégiens. Ce sont en effet des norvégiens
qui ont découvert les pôles Nord et les pôles
Sud. C’est aussi un Norvégien qui dirigea l’expédition
Kon Tiki, qui dans les années soixante, mènera
un radeau de fortune de l’Amérique du Sud aux
îles de Polynésie…
Une bonne nuit près d’un lac où notre
combat contre les moustiques fut épique et nous repartons
vers Stockholm pour honorer l’invitation de Katarina.
Pour aller sur l’île en question, il faut prendre
un ferry qui navigue deux heures avant de s’y arrêter.
Excités comme des puces, nous sautons sur le quai et
guettons notre amie. Elle n’est pas là. L’île
ne possède aucun commerce, donc nous entrons dans la
première propriété pour pouvoir téléphoner.
Elle nous dit qu’elle nous attend dans son zodiac sur
le ponton. Nous retournons donc au ponton et constatons avec
un rire nerveux que nous avons débarqué sur
l’île d’avant… Le temps de réagir
et nous voyons Katharina arriver avec son frère en
bateau, notre discours préparé de jeunes aventuriers
capables de s’en sortir dans les pires situations tombait
à l’eau.
A peine arrivés dans cette famille sympathique, on
nous propose de naviguer dans l’archipel sur le bateau
à voile familial, nous profitons de cette heure délicieuse
en nous demandant un peu ce qui est en train de nous arriver.
Le dîner est très agréable, barbecue et
discussion animée sur un tas de sujets, voyages, différences
culturelles et dernières facéties du comique
Jackass. Nous sommes surpris de voir que quasiment toute la
famille parle un français honorable. Sous les injonctions
du plus jeune des frères, nous nous retrouvons tous
les deux avec un snuz, un sachet de tabac à chiquer
sous la gencive. Le goût âpre du tabac initial
est vite atténué par un effet stupéfiant
qui nous déconnecte tous les deux du repas pendant
une bonne demie heure. Une fois la brume passée, nous
revenons à nous et continuons de discuter avec nos
charmants hôtes. Le soleil se couchant autour de 11h
du soir, ce dîner ressemble à un apéro
prolongé. Et il faut attendre 2h et demi du matin et
le lever du soleil pour que nos paupières commencent
à se sentir lourdes.
Nous repartons le lendemain enchantés et déjà
nostalgiques de cette journée sur l’archipel.
Mais l’Allemagne nous attend et Sylvain va bientôt
revoir sa nièce Clara !
Mathieu
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