Beverley Moodie - Knysna (Afrique du Sud) - 9 Juin 2004

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"Réveillez l'entrepreneur qui est en vous !"


Beverley Moodie est une femme dont la vie peut se résumer à une lutte pour l’indépendance, la sienne et celles des gens qu’elle côtoie. Petit brin de femme énergique, nous l’avons rencontré à Knysna sur la côte sud-africaine pour qu’elle nous raconte l’aventure de Business Outreach l’entreprise qu’elle dirige depuis 10 ans.

Avant de s’occuper des autres, Beverley s’est d’abord attaché à gagner sa propre indépendance. Chose qui n’était pas si aisée lorsqu’on est une femme dans les années 80 en Afrique du Sud. Elle travaille d’abord comme secrétaire dans un bureau d’avocats, avant de passer son diplôme et de plaider de manière indépendante. Elle rejoint ensuite un groupe hôtelier pour prendre en charge les relations publiques et le marketing. Mais sa véritable passion, elle l’a découvre en 1980 en co-fondant la Home Executive Women Organization qui promeut le travail des femmes à la maison, et se bat pour la reconnaissance légale des entreprises à domicile qui permettent à des femmes d’acquérir une certaine autonomie.

Au début des années 1990, l’Afrique du Sud est en plein bouleversement, et les inégalités entre les populations noires et blanches et entre les femmes et les hommes sont criantes. Beverley constate que 45% des populations noires sont au chômage ou sous-employée et que les écoles comme les bamques ne facilitent en rien l’accès au savoir et au capital de ces potentiels entrepreneurs. Face à cet état de fait, plutôt que de se lamenter, Beverley va y voir l’opportunité de créer en 1991 le premier programme de formation à l’entrepreneuriat pour les illettrés. « Le Business est la clé ! » martèle-t-elle sans cesse. Et pour ces étudiants noirs dont 80% sont des femmes, elle va s’évertuer à démontrer qu’ils possèdent tous en eux les qualités potentielles d’un entrepreneur et que le savoir de base peut s’acquérir en 15 jours.

« Ils pensent tous que l’argent est la solution, je leur mets dans le crâne qu’ils sont la solution ! ». Les enseignements de Beverley sont autant psychologiques que techniques face à une population qui a une piètre opinion d’elle-même. Les cours sont donnés dans plus de 11 langues officielles et dispensés grâce à un réseau de facilitateurs que Beverley emploie. Plus de 5000 entreprises ont vu le jour après le passage de leur créateur dans les cours de Beverley et elle estime que près de 80% sont encore en activité. Les exemples de réussite sont déconcertants de simplicité, mais ont bouleversé des vies. Cet ancien chauffeur licencié de son entreprise rêvait de fonder une entreprise de transport, mais il était loin de réunir l’argent nécessaire pour acheter le premier camion. Business Outreach lui a permis de ne pas se décourager et il a fini par trouver un client prêt à lui fournir un premier camion pour livrer dans les townships et au bout de 6 mois, il a pu acheter le sien. Les étudiants de Beverley se familiarisent avec les notions de trésorerie, d’épargne et d’investissement et il leur suffit de 15 jours pour acquérir ce précieux savoir alors qu’ils sont pour la plupart analphabètes ou semi analphabètes…

Un autre entrepreneur passionné de football a tout simplement créé un école de formation au foot pour les adolescents des Townships deux après-midi par semaine. Business Outreach lui a permis de calculer son modèle économique, combien lui fallait-il d’enfants et quel prix leur faire payer. Mais l’a aussi incité à démarcher son marché pour sentir le besoin et former un argumentaire de vente. Il s’est ainsi aperçu que malgré la pauvreté du quartier, les parents étaient prêts à payer une petite somme pour savoir leurs enfant occupés à faire du sport plutôt qu’à traîner dans les rues. Ces deux exemples sont évocateurs mais la plupart des business créés sont très classiques, des salons de coiffure à domicile, des garderies, ou des petits ateliers de couture.

Pour nous le travail qu’effectue Beverley et son équipe est vraiment révolutionnaire car il rompt le schéma habituel de pensée qui scinde la société en deux, une élite de seigneurs entrepreneurs et une masse de travailleurs incapables d’innover. Elle a le mérite de démontrer que tout un chacun a les moyens de développer sa propre activité, quelle qu’elle soit. Chapeau Bas !


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Le profil de Beverley Moodie par la Schwab Foundation