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"Réveillez
l'entrepreneur qui est en vous !"
Beverley Moodie est une femme dont la vie peut se résumer
à une lutte pour l’indépendance, la sienne
et celles des gens qu’elle côtoie. Petit brin
de femme énergique, nous l’avons rencontré
à Knysna sur la côte sud-africaine pour qu’elle
nous raconte l’aventure de Business Outreach l’entreprise
qu’elle dirige depuis 10 ans.
Avant de s’occuper des autres, Beverley s’est
d’abord attaché à gagner sa propre indépendance.
Chose qui n’était pas si aisée lorsqu’on
est une femme dans les années 80 en Afrique du Sud.
Elle travaille d’abord comme secrétaire dans
un bureau d’avocats, avant de passer son diplôme
et de plaider de manière indépendante. Elle
rejoint ensuite un groupe hôtelier pour prendre en charge
les relations publiques et le marketing. Mais sa véritable
passion, elle l’a découvre en 1980 en co-fondant
la Home Executive Women Organization qui promeut le travail
des femmes à la maison, et se bat pour la reconnaissance
légale des entreprises à domicile qui permettent
à des femmes d’acquérir une certaine autonomie.
Au début des années 1990, l’Afrique du
Sud est en plein bouleversement, et les inégalités
entre les populations noires et blanches et entre les femmes
et les hommes sont criantes. Beverley constate que 45% des
populations noires sont au chômage ou sous-employée
et que les écoles comme les bamques ne facilitent en
rien l’accès au savoir et au capital de ces potentiels
entrepreneurs. Face à cet état de fait, plutôt
que de se lamenter, Beverley va y voir l’opportunité
de créer en 1991 le premier programme de formation
à l’entrepreneuriat pour les illettrés.
« Le Business est la clé ! » martèle-t-elle
sans cesse. Et pour ces étudiants noirs dont 80% sont
des femmes, elle va s’évertuer à démontrer
qu’ils possèdent tous en eux les qualités
potentielles d’un entrepreneur et que le savoir de base
peut s’acquérir en 15 jours.
« Ils pensent tous que l’argent est la solution,
je leur mets dans le crâne qu’ils sont la solution
! ». Les enseignements de Beverley sont autant psychologiques
que techniques face à une population qui a une piètre
opinion d’elle-même. Les cours sont donnés
dans plus de 11 langues officielles et dispensés grâce
à un réseau de facilitateurs que Beverley emploie.
Plus de 5000 entreprises ont vu le jour après le passage
de leur créateur dans les cours de Beverley et elle
estime que près de 80% sont encore en activité.
Les exemples de réussite sont déconcertants
de simplicité, mais ont bouleversé des vies.
Cet ancien chauffeur licencié de son entreprise rêvait
de fonder une entreprise de transport, mais il était
loin de réunir l’argent nécessaire pour
acheter le premier camion. Business Outreach lui a permis
de ne pas se décourager et il a fini par trouver un
client prêt à lui fournir un premier camion pour
livrer dans les townships et au bout de 6 mois, il a pu acheter
le sien. Les étudiants de Beverley se familiarisent
avec les notions de trésorerie, d’épargne
et d’investissement et il leur suffit de 15 jours pour
acquérir ce précieux savoir alors qu’ils
sont pour la plupart analphabètes ou semi analphabètes…
Un autre entrepreneur passionné de football a tout
simplement créé un école de formation
au foot pour les adolescents des Townships deux après-midi
par semaine. Business Outreach lui a permis de calculer son
modèle économique, combien lui fallait-il d’enfants
et quel prix leur faire payer. Mais l’a aussi incité
à démarcher son marché pour sentir le
besoin et former un argumentaire de vente. Il s’est
ainsi aperçu que malgré la pauvreté du
quartier, les parents étaient prêts à
payer une petite somme pour savoir leurs enfant occupés
à faire du sport plutôt qu’à traîner
dans les rues. Ces deux exemples sont évocateurs mais
la plupart des business créés sont très
classiques, des salons de coiffure à domicile, des
garderies, ou des petits ateliers de couture.
Pour nous le travail qu’effectue Beverley et son équipe
est vraiment révolutionnaire car il rompt le schéma
habituel de pensée qui scinde la société
en deux, une élite de seigneurs entrepreneurs et une
masse de travailleurs incapables d’innover. Elle a le
mérite de démontrer que tout un chacun a les
moyens de développer sa propre activité, quelle
qu’elle soit. Chapeau Bas !
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