CARNET DE ROUTE NUMERO 9 - Cappadoce, Côte Turque, Ephèse & Pammukale

 

Sur la longue route qui nous mène d’Istanbul à la Cappadoce, nous décidons de faire une halte pour un kebab dans le village d’Aksarai. Alors que nous commandons notre repas, deux turcs nous tombent dessus très amicalement en criant : « Bonjour Monsieur !! ». Halouk et Mustafa sont deux turcs vivant en France, en vacances pour l’été dans leur village d’origine.

Ils nous sautent littéralement dessus, très fiers visiblement de pouvoir parler français devant tout le monde au village. En moins de deux minutes, nous sommes attablés avec eux et buvons tranquillement un thé à la pomme. Nous sommes arrivés depuis moins d’un quart d’heure dans cette ville, et n’importe quel passant pourrait croire que nous sommes chez nous. Sauf à nous entendre baragouiner en turc, nous demandons pour la cinquième fois depuis notre arrivée dans le pays la traduction de merci. « Téchukéderim », nous tentons de nous le répéter plusieurs fois dans nos têtes pour l’y graver. Moins d’une heure plus tard nous l’avons à nouveau oublié…Nos deux amis sont assez pittoresques, celui qui s’exprime dans le meilleur Français, Halouk, a un accent vosgien à couper au couteau, ils vivent là bas. Quant à Mustafa, Muss’ pour les intimes que nous sommes déjà devenus, son français n’est pas parfait, loin de là mais son enthousiasme et son énergie nous permettent de comprendre exactement ce qu’il veut dire. Ils n’arrêtent pas de rire et de faire des blagues, nous passons un très agréable moment, improbable mais fort amusant. A peine suggérons-nous l’éventualité de chercher une chambre dans cette ville que nous nous retrouvons dans la voiture de Muss’ en route pour la pension que tient un de ses amis - il prétend connaître toute la ville (120 000 habitants tout de même) – qui s’avère être parfaite pour notre budget. L’image de Muss, et d’Halouk et d’un adolescent (sorti de nulle part) en train de négocier puis de nous inscrire eux –mêmes dans la pension devant les yeux ébahis des gérants reste assez drôle.

Après un dernier cay, nous rejoignons cette fameuse pension, nous quittons nos deux amis, sachant que nous ne les reverrons sans doute jamais, avec le sentiment que le voyage commence vraiment.

Le lendemain, nous arrivons à Göreme. Située au cœur de la Cappadoce, c’est le point de chute préféré de tous les backpackers qui visitent l’Inde et des plus aventuriers qui parcourent la route mythique de la soie. Nous trouvons une guest house tenue par une anglaise qui a épousé un turc, leurs 4 enfants parlant parfaitement les deux langues, ils participent de la vie de cette auberge où toutes les nationalités se mélangent chaleureusement.

La visite des grottes troglodytes est fascinante… Comme nous sommes fauchés, nous refusons de payer le prix scandaleux d’accès au site officiel (et mal entretenu) et préférons partir pour une balade en escaladant les montagnes adjacentes. De nombreuses habitations et même quelques chapelles excavées dans la roche témoignent de l’importante population qui vivait ici quelques siècles auparavant. Nous nous perdons dans les champs de melons, de figuiers et de vignes que les paysans continuent de cultiver sur cette terre si aride… Nous en croisons même quelques-uns dormant tranquillement à l’ombre de leurs ânes.

Le soir, courbaturés mais ravis de notre après midi, nous rentrons dans notre guest-house où nous faisons la rencontre de deux françaises en vacances. Alix et Florence visitent la Turquie depuis environ 10 jours et nous suggèrent une balade à pied le lendemain dans la vallée d’Ilhara. Nous avons la voiture, elles ont l’idée et le sens de la décision, nous sommes parfaitement complémentaires.

Après un départ matinal, nous nous arrivons au Sud de cette vallée arborée, serpentée par une rivière et jalonnée de chapelles troglodytes aux fresques assez bien préservées. Notre bucolique balade nous fait rencontrer un petit garçon qui n’arrive pas à attacher deux longs rondins de bois sur le dos de son âne. Tout jeune il n’a quasiment pas la force de soulever l’un des rondins. Nous l’aidons mais ses attaches de fortune ne tiennent vraiment pas bien. Tous les 20 mètres, tout se retrouve à nouveau par terre… C’est finalement grâce un bout de ruban aux couleurs de la France, que nous avions gardé depuis Sofia, que nous trouvons un moyen d’attacher ces rondins intenables. Notre jeune ami repart sur son âne, bien harnaché cette fois grâce aux ors de la République. On peut dire que nous avons œuvré pour l’influence de la France dans le monde…

Notre balade s’achève dans le petit village de Selime, qui jouxte une carrière de cheminées troglodyte étonnantes qui, selon la légende locale, ont servi de décor à la Guerre des Etoiles…A Selime, nous faisons la connaissance de Bilal, un turc âgé qui nous présente sa troisième femme et ses deux derniers bambins. En moins de temps qu’il en faut pour l’écrire, nous nous retrouvons assis sur les tapis de son salon à siroter un thé, puis deux puis quatre…Après une charmante heure passée à dialoguer, difficilement certes, et à regarder des photos nous quittons cette joyeuse famille comme s’ils nous avait hébergés deux semaines.

Le lendemain nous décidons de rejoindre le Sud, plus précisément Finike où nos deux amies françaises ont rejoint un cousin qui, en route pour Madagascar, a amarré son catamaran, le « pause» en attendant des heures moins « chaudes » de l’île Africaine. Sur notre route, nous en profitons pour visiter à Derinkuyu une cité souterraine de plus de 8 étages. Cette étonnante caverne servait de cachettes aux moines byzantins durant la persécution ottomane et pouvait abriter près de 1500 personnes et le bétail et les vivres nécessaires à leur survie pendant 6 mois.

Après deux jours de voiture, nous arrivons à Finike pour rencontrer ce fameux cousin baroudeur d’Alix. Très chaleureux, il vit avec son amie Damienne à Finike depuis maintenant 1 an et demi et nous propose rapidement de passer la nuit sur leur catamaran. Nous passons une très agréable soirée à discuter avec ce couple de Caen qui a tout abandonné pour suivre son rêve de voyage à la voile. Une « pause » salutaire dans une vie tourmentée de patron de PME et d’adjointe au Maire de la Ville de Caen. Le week-end est très agréable, surtout grâce à l’escapade en bateau qui ponctue le dimanche après-midi.

Heureusement surpris d’avoir pu profiter de cette invitation, nous retournons joyeusement à Istanbul retrouver notre ami restaurateur pour des parties endiablées de Uno et moins joyeusement notre ami du consulat de l’Inde qui doit nous accorder notre visa et nous crie dessus à la moindre question.
Cette dernière semaine à Istanbul est bien reposante, nous récupérons nos forces pour attaquer l’Inde le mercredi.

Notre prochain carnet sera écrit de New Delhi, à bientôt !

Mathieu

 

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