CARNET DE ROUTE NUMERO 26 - Botswana qui rit - Zimbabwe qui pleure.

 

Carnet de Route du 18 Juin au 10 Juillet - Après quelques jours dans le centre-ville de Johannesburg parqués dans note hôtel dès la nuit tombée pour cause d’insécurité, nous empruntons notre premier taxi-brousse pour rejoindre Gaborone, la capitale du Botswana. Le voyage est fidèle à la légende de ce moyen de locomotion Africain, mouvementé, intime pour tous les passagers et en musique. Nous arrivons dans la capitale fatigués, mais pas mécontents. Notre visite du Botswana va nous laisser plus de frustration que de bons souvenirs, car le pays est très cher et il est pour nous inimaginable de s’inscrire à l’un des nombreux programmes de safaris de luxe que le pays propose. En revanche, une marche dans le désert du Kalahari, pour quelques jours, rentre parfaitement dans notre budget puisqu’elle ne nous coûte rien… Nous traverserons donc quelques villages et ferons quelques rencontres insolites tout en se déplaçant en stop.

Bien vite, nous décidons d’écourter notre programme Botswanais pour profiter plus pleinement du Zimbabwe, que nous rejoignons en bus local via Francistown. A peine arrivés à Bulawayo, nous fonçons dans un pub assister à la fin du match France-Suisse de l’Euro et nous nous faisons un ami, Future, avec qui nous allons allègrement passer nos trois jours de visite de la deuxième ville du Zimbabwe.

La situation du pays telle que décrite par Future, qui ne peut, visiblement, pas souvent exprimer son opinion en public, est calamiteuse. Robert Mugabe, le dictateur vieillissant de ce pays si riche, a transformé celui-ci depuis 5 ans en un pays fantôme où tout semble être laissé à l’abandon. Future, un ndebele (l’ethnie minoritaire du pays), ne voit aucun avenir pour lui dans son pays, malgré son diplôme d’ingénieur et attend des réponses de visas pour l’Europe et l’Australie. Nous sommes visiblement les seuls touristes dans ce pays, qui, il y a à peine 5 ans, était un incontournable des routards découvrant la région. L’inflation est ahurissante plus de 600% par an et certains billets valent moins que le papier toilette… C’est d’autant plus malheureux et rageant que le pays possède de nombreux atouts pour le développement économique. Nous découvrons avec Future les nombreux animaux que le pays peut se targuer d’avoir dans ses parcs lors de notre visite d’un orphelinat d’animaux près de Bulawayo. Réunis dans un seul lieu, nous admirons rhinocéros noir, lions, léopards, guépards et même servals, sorte de gros chats croisés avec des tigres…

Après ces quelques jours dont nous garderons l’amitié de Future comme plus fidèle souvenir, nous atteignons Masvingo, ville du centre d’où l’on peut visiter le fameux site des Ruines du Great Zimbabwe. Une fois de plus, à peine arrivés, nous sommes abordés par Wilhem, un costaud gaillard, fermier blanc surpris de voir des touristes dans sa région. Après quelques présentations d’usage, le courant passe très bien et il nous invite à passer quelques jours dans sa ferme !!! Sa femme Deleen, qui l’accompagne, semble ravie et enchantée lorsqu’elle rejoint notre conversation et nous découvre pour la première fois…

Mais avant d’honorer l’invitation de ce couple chaleureux, nous passerons un week-end à Masvingo pour visiter les ruines du Zimbabwe, fierté nationale qui a donné son nom au pays. Nous logeons dans un cottage tenu par un zimbabwéen blanc d’origine anglaise et notre séjour prend des allures victoriennes, tant nous vivons à l’heure anglaise, thé et pudding inclus…

Le site des ruines est vraiment à la hauteur de sa réputation. Véritable cité médiévale de pierre datant du XIVème siècle, le Great Zimbabwe Monument a regroupé des populations allant jusqu’à 20 000 habitants. Son origine est contestée encore aujourd’hui. Les blancs à l’esprit colon ayant du mal à croire un tel niveau de civilisation de la part des ancêtres des noirs qu’ils côtoient aujourd’hui… Le débat montre ici que les passions raciales sont loin d’être apaisées bien que l’indépendance date de 1980…

Après quelques jours à Masvingo, nous rejoignons donc la ferme de Wilhem et Deleen et nous nous plongeons pour quelques jours dans l’univers des fermiers blancs du Zimbabwe. Autant vous prévenir tout de suite, cet univers n’est pas rose. Sur les 4 fermes que possédait et exploitait Wilhem, trois ont été confisquées. Il travaille dorénavant sur la dernière, s’attendant à être expulsé d’un moment à l’autre. Ce mouvement de « squatters » a été fomenté par Mugabe afin de remercier les vétérans de la guerre d’indépendance. Mais alors qu’une politique intelligente de rachat et de réattribution à des fermiers noirs est en soi une politique qui peut se justifier, la façon dont cette réforme agraire a été menée au Zimbabwe relève d’une anarchie scandaleuse. Les vétérans s’attribuent les fermes comme bon leur semble, en possèdent d’ailleurs plusieurs, les proches de Mugabe et membres du gouvernement étant les premiers servis… La police ne fait rien alors que les fermiers blancs sont expulsés sans compensation et ordre leur est donné de tout laisser en plan, bétail, tracteurs et machines…

Bien évidemment les fermiers expulsés ont pratiquement tous fuit le pays emportant avec eux un savoir-faire précieux. Ces connaissances qu’ils partageaient avec leurs employés mais ceux-ci se sont aussi vus notifié l’ordre de décamper et finissent par venir grossir les bidonvilles de Harare, la capitale. Le résultat de cette « subtile » politique est que le pays qui était considéré auparavant comme le grenier de la région est aujourd’hui obligé d’exporter, voire d’attendre l’aide alimentaire de pays etrangers...

La situation du pays est dramatique, mais voir Wilhem et sa femme à l’œuvre, et voir leurs employés se lever aux aurores pour traire le bétail nous a rassuré sur le fait que l’avenir appartiendrait de toutes façons à ceux qui savent faire les efforts nécessaires pour réussir. Aujourd’hui, il semble que le pays attend la mort de son dictateur… La seule opposition, incarnée par le mouvement syndical, devenu politique MDC (Mouvement for Democratic Change), est vue comme la solution d’avenir mais continue de se faire ouvertement menacée, ses chefs échappant régulièrement à des tentatives d’assassinat. Il est d’ailleurs de notoriété publique que le MDC est arrivé largement en tête aux dernières élections, mais que Mugabe a transgressé quelques règles mathématiques pour se maintenir en place.

Après quelques jours à Harare où nous profitons une fois de plus de l’hospitalité de zimbabwéens chez Neville et Lynett, et leur adorable bambin Brandon qui ne cesse d’éclater de rire, nous nous rendons à Nyanga pour découvrir les zones plus fraîches du Zimbabwe en grimpant quelques montagnes et en admirant les vastes étendues qu’offrent le Mozambique voisin… Sauvage et rafraîchissant !

Nous quittons le pays en repassant par Harare et en rejoignant en train les chutes Victoria, que nous découvrirons du côté Zambien… Le Zimb’ nous laisse un goût doux amer où l’incroyable chaleur de l’hospitalité dont nous avons profité se mêle à la tristesse de la situation de débandade que le pays subit. Nous espérons revenir sous des jours meilleurs !

Mathieu

 

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