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Carnet de Route
du 18 Juin au 10 Juillet - Après quelques jours dans
le centre-ville de Johannesburg parqués dans note hôtel
dès la nuit tombée pour cause d’insécurité,
nous empruntons notre premier taxi-brousse pour rejoindre
Gaborone, la capitale du Botswana. Le voyage est fidèle
à la légende de ce moyen de locomotion Africain,
mouvementé, intime pour tous les passagers et en musique.
Nous arrivons dans la capitale fatigués, mais pas mécontents.
Notre visite du Botswana va nous laisser plus de frustration
que de bons souvenirs, car le pays est très cher et
il est pour nous inimaginable de s’inscrire à
l’un des nombreux programmes de safaris de luxe que
le pays propose. En revanche, une marche dans le désert
du Kalahari, pour quelques jours, rentre parfaitement dans
notre budget puisqu’elle ne nous coûte rien…
Nous traverserons donc quelques villages et ferons quelques
rencontres insolites tout en se déplaçant en
stop.
Bien vite, nous décidons d’écourter notre
programme Botswanais pour profiter plus pleinement du Zimbabwe,
que nous rejoignons en bus local via Francistown. A peine
arrivés à Bulawayo, nous fonçons dans
un pub assister à la fin du match France-Suisse de
l’Euro et nous nous faisons un ami, Future, avec qui
nous allons allègrement passer nos trois jours de visite
de la deuxième ville du Zimbabwe.
La situation du pays telle que décrite par Future,
qui ne peut, visiblement, pas souvent exprimer son opinion
en public, est calamiteuse. Robert Mugabe, le dictateur vieillissant
de ce pays si riche, a transformé celui-ci depuis 5
ans en un pays fantôme où tout semble être
laissé à l’abandon. Future, un ndebele
(l’ethnie minoritaire du pays), ne voit aucun avenir
pour lui dans son pays, malgré son diplôme d’ingénieur
et attend des réponses de visas pour l’Europe
et l’Australie. Nous sommes visiblement les seuls touristes
dans ce pays, qui, il y a à peine 5 ans, était
un incontournable des routards découvrant la région.
L’inflation est ahurissante plus de 600% par an et certains
billets valent moins que le papier toilette… C’est
d’autant plus malheureux et rageant que le pays possède
de nombreux atouts pour le développement économique.
Nous découvrons avec Future les nombreux animaux que
le pays peut se targuer d’avoir dans ses parcs lors
de notre visite d’un orphelinat d’animaux près
de Bulawayo. Réunis dans un seul lieu, nous admirons
rhinocéros noir, lions, léopards, guépards
et même servals, sorte de gros chats croisés
avec des tigres…
Après ces quelques jours dont nous garderons l’amitié
de Future comme plus fidèle souvenir, nous atteignons
Masvingo, ville du centre d’où l’on peut
visiter le fameux site des Ruines du Great Zimbabwe. Une fois
de plus, à peine arrivés, nous sommes abordés
par Wilhem, un costaud gaillard, fermier blanc surpris de
voir des touristes dans sa région. Après quelques
présentations d’usage, le courant passe très
bien et il nous invite à passer quelques jours dans
sa ferme !!! Sa femme Deleen, qui l’accompagne, semble
ravie et enchantée lorsqu’elle rejoint notre
conversation et nous découvre pour la première
fois…
Mais avant d’honorer l’invitation de ce couple
chaleureux, nous passerons un week-end à Masvingo pour
visiter les ruines du Zimbabwe, fierté nationale qui
a donné son nom au pays. Nous logeons dans un cottage
tenu par un zimbabwéen blanc d’origine anglaise
et notre séjour prend des allures victoriennes, tant
nous vivons à l’heure anglaise, thé et
pudding inclus…
Le site des ruines est vraiment à la hauteur de sa
réputation. Véritable cité médiévale
de pierre datant du XIVème siècle, le Great
Zimbabwe Monument a regroupé des populations allant
jusqu’à 20 000 habitants. Son origine est contestée
encore aujourd’hui. Les blancs à l’esprit
colon ayant du mal à croire un tel niveau de civilisation
de la part des ancêtres des noirs qu’ils côtoient
aujourd’hui… Le débat montre ici que les
passions raciales sont loin d’être apaisées
bien que l’indépendance date de 1980…
Après quelques jours à Masvingo, nous rejoignons
donc la ferme de Wilhem et Deleen et nous nous plongeons pour
quelques jours dans l’univers des fermiers blancs du
Zimbabwe. Autant vous prévenir tout de suite, cet univers
n’est pas rose. Sur les 4 fermes que possédait
et exploitait Wilhem, trois ont été confisquées.
Il travaille dorénavant sur la dernière, s’attendant
à être expulsé d’un moment à
l’autre. Ce mouvement de « squatters » a
été fomenté par Mugabe afin de remercier
les vétérans de la guerre d’indépendance.
Mais alors qu’une politique intelligente de rachat et
de réattribution à des fermiers noirs est en
soi une politique qui peut se justifier, la façon dont
cette réforme agraire a été menée
au Zimbabwe relève d’une anarchie scandaleuse.
Les vétérans s’attribuent les fermes comme
bon leur semble, en possèdent d’ailleurs plusieurs,
les proches de Mugabe et membres du gouvernement étant
les premiers servis… La police ne fait rien alors que
les fermiers blancs sont expulsés sans compensation
et ordre leur est donné de tout laisser en plan, bétail,
tracteurs et machines…
Bien évidemment les fermiers expulsés ont pratiquement
tous fuit le pays emportant avec eux un savoir-faire précieux.
Ces connaissances qu’ils partageaient avec leurs employés
mais ceux-ci se sont aussi vus notifié l’ordre
de décamper et finissent par venir grossir les bidonvilles
de Harare, la capitale. Le résultat de cette «
subtile » politique est que le pays qui était
considéré auparavant comme le grenier de la
région est aujourd’hui obligé d’exporter,
voire d’attendre l’aide alimentaire de pays etrangers...
La situation du pays est dramatique, mais voir Wilhem et sa
femme à l’œuvre, et voir leurs employés
se lever aux aurores pour traire le bétail nous a rassuré
sur le fait que l’avenir appartiendrait de toutes façons
à ceux qui savent faire les efforts nécessaires
pour réussir. Aujourd’hui, il semble que le pays
attend la mort de son dictateur… La seule opposition,
incarnée par le mouvement syndical, devenu politique
MDC (Mouvement for Democratic Change), est vue comme la solution
d’avenir mais continue de se faire ouvertement menacée,
ses chefs échappant régulièrement à
des tentatives d’assassinat. Il est d’ailleurs
de notoriété publique que le MDC est arrivé
largement en tête aux dernières élections,
mais que Mugabe a transgressé quelques règles
mathématiques pour se maintenir en place.
Après quelques jours à Harare où nous
profitons une fois de plus de l’hospitalité de
zimbabwéens chez Neville et Lynett, et leur adorable
bambin Brandon qui ne cesse d’éclater de rire,
nous nous rendons à Nyanga pour découvrir les
zones plus fraîches du Zimbabwe en grimpant quelques
montagnes et en admirant les vastes étendues qu’offrent
le Mozambique voisin… Sauvage et rafraîchissant
!
Nous quittons le pays en repassant par Harare et en rejoignant
en train les chutes Victoria, que nous découvrirons
du côté Zambien… Le Zimb’ nous laisse
un goût doux amer où l’incroyable chaleur
de l’hospitalité dont nous avons profité
se mêle à la tristesse de la situation de débandade
que le pays subit. Nous espérons revenir sous des jours
meilleurs !
Mathieu
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