Victor
Fereira - Paris (France) - 2 Juin 2003
Il se donne un Max pour
les petits producteurs...
«
Dans la vie, il y a ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se
demande pourquoi et ceux qui l’imaginent tel qu’il devrait être
et se disent : pourquoi pas ?? » Cette phrase de George Bernard Shaw
s’applique parfaitement à Victor Fereira, directeur général
de Max Havelaar France, le représentant français du plus important
label de commerce équitable.
Fils d’immigré portugais ayant passé toute son enfance
dans les milieux ouvriers de Champigny (dans la banlieue Parisienne), Victor
Fereira a un long passé associatif derrière lui. Préoccupé
très jeune par les questions de justice sociale et de dignité
humaine, il croit profondément que chacun a le droit de vivre décemment
de son travail. Il s’engage rapidement dans « Etudiants et Développement
», une ONG de sensibilisation aux relations Nord/Sud et après
un passage comme Secrétaire Général d’ «
Agir Ici », il prend la direction en 1998 de Max Havelaar France.
Sa mission première est de donner une dimension nationale à
cette ONG qui, à l'époque, ne possède que quelques magasins
de commerce équitable en Bretagne et commence à s’intéresser
à la labellisation.
La problématique de l’époque est en effet de faire entrer
les produits du commerce équitable dans les grandes surfaces car c’est
là que 88% des achats alimentaires sont réalisés. Et
pour cela, il faut un label certificateur. Max Havelaar France va considérablement
s’inspirer de ce que qui existe déjà à l’étranger
(aux Pays-Bas par exemple) sous le nom de FLO International.
Max Havelaar décide donc de labélliser toutes les coopératives
remplissant les conditions suivantes :
- une rémunération décente pour les petits producteurs
(fixés selon les critères de pauvreté de l’ONU
et toujours supérieurs au cours du marché),
- des conditions de travail décentes et en accord avec les principes
du BIT (Bureau International du Travail),
- le paiement d’une prime au développement pour construire écoles,
dispensaires et infrastructures locales,
- et enfin le respect de l’environnement avec un cahier des charges
proche de celui des produits bio.
Pour contrôler le respect de ces normes, 40 inspecteurs auditent une
fois par an les 320 coopératives partenaires dans les pays du Sud.
Chaque année, 20 nouvelles obtiennent la labellisation et 5 la perdent
en moyenne. Le label touche désormais 800.000 petits producteurs dans
38 pays différents, ce qui signifie qu’avec femmes et enfants,
c’est 5 millions de personnes qui vivent grâce au commerce équitable.
En France, c’est presque 1% du café consommé qui est labellisé
Max Havelaar. Les objectifs fixés par Victor Fereira sont bien plus
ambitieux puisque il souhaite que 5% puisse l’être d’ici
3 ans (comme c’est déjà le cas en Suisse, le pays le plus
en avance en Europe).
Il ne rêve pas encore des 25% de part de marché des bananes équitables
en Suisse mais prédit que la tendance actuelle (la demande globale
de produits issus de cette filière double chaque année) devrait
se prolonger pour les 3 années qui viennent.
Car contrairement à ce qui est actuellement perçu par les consommateurs,
le label Max Havelaar ne s’applique pas uniquement au café mais
à 10 filières différentes comme le sucre, le cacao, le
riz, le jus d’orange et même les ballons de football en Italie,
et ceci avec des résultats commerciaux plus qu’encourageants.
Sa vision à long terme n’est pas utopique car selon lui, jamais
100% du commerce ne sera équitable, mais à l’horizon 2010,
l’objectif est de représenter 5 à 7 % de chaque filière.
Ainsi les grandes multinationales commenceront à se préoccuper
de ce marché et de ses nombreux «consomm’acteurs».
Elles seront alors contraintes de modifier petit à petit leurs pratiques
et ainsi améliorer les conditions de vies des petits producteurs.
Enfin, si Victor Ferreira inscrit son action dans le mouvement altermondialiste,
il précise que Max Havelaar est aussi présent et écouté
aux rendez-vous de Davos. Moins prompt à dénoncer les dérives
de notre monde qu’à tenter d'en construire un meilleur.
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