Marianne Knuth - Ruwa (Zimbabwe) - 10 Juillet 2004

Une lueur d'espoir...



En 1980, l’ancienne Rhodésie du Sud obtient son indépendance et devient officiellement le Zimbabwe. Les premières années, l’économie fait un bond en avant, les salaires augmentent et des programmes d’éducation et de santé gratuits sont créés. Cependant, l’optimisme et l’euphorie s’évanouissent rapidement au profit d’un régime socialiste corrompu, à parti unique, et dirigé d’une main de fer par Robert Mugabe, un des héros de la « libération ». En 2000, devant l’opposition grandissante, Mugabe truque les élections et pour affirmer son autorité, impose une réforme agraire dont le but est de chasser les fermiers blancs. Il confisque terres, bêtes et matériels pour les redistribuer aux vétérans de la guerre, noirs de peaux et pas fermier pour un sou.

Ce pays de 11 millions d’âmes, auparavant considéré comme le grenier de l’Afrique Australe, sombre rapidement. Les fermiers s’expatrient ou se font emprisonner (pour les plus chanceux), les capitaux fuient et on estime le taux de chômage à 70% de la population. L’inflation atteint 600% et six personnes sur dix nécessiteront, en 2004, une aide alimentaire. Dans ce climat morose, il nous a été très difficile de trouver des initiatives innovantes et synonymes d’espoir. Le Kufunda Learning Village, fondé par une jeune femme dynamique de 31 ans, en est une et s’attache depuis 3 ans à construire des communautés autosuffisantes.

Née d’un père Danois et d’une mère Xona, Marianne Knuth passe les premières années de sa vie à Harare, la capitale du Zimbabwe. Rentrée au Danemark pour débuter ses études d’Economie à l’Université de Copenhague, elle s’investit dans l’Association des Etudiants Internationaux, l’AIESEC, dont elle devient la présidente. Après un petit tour par la finance internationale, elle conclue que le monde des affaires n’est pas fait pour elle et créée avec d’autres étudiants un mouvement appelé « Pionniers de Changement ». « Le but était de fédérer et supporter plus de 1.000 jeunes acteurs sociaux, intervenant dans 70 pays ». Après avoir dirigé ce mouvement pendant 3 ans, elle décide de revenir à ses racines en réalisant un projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : fonder un village modèle de développement durable et aider les communautés zimbabwéennes à être autosuffisantes.

Elle s’installe sur 30 hectares de terrain de la ferme de sa mère, à quelques kilomètres au sud d’Harare. Elle monte des programmes de formation pour 5 communautés, qu’elle dispense plusieurs fois par an, pendant 2 à 3 semaines. Elle y évoque l’agriculture biologique (substituant ainsi les produits chimiques coûteux au profit de fertilisants et engrais naturels), la fabrication des produits basiques sur place et à moindre coût et le retour à l’architecture traditionnelle (sans ciment désormais trop cher). Elle introduit des monnaies communautaires substitutives au dollar zimbabwéen et réfléchit à des moyens d’éduquer les enfants des plus pauvres dans les foyers, car n’ont pas les moyens de payer les frais de scolarité.

Parallèlement, elle expérimente, avec son équipe de 8 volontaires, toutes ces pistes de solutions sur son terrain, construit des habitations traditionnelles, des toilettes au compost, un potager biologique pour apprendre et en faire bénéficier les communautés. Elle nous confie son souhait de « contribuer au rêve d’une Afrique éveillée, forte et dynamique ». Même si cette initiative est encore assez confidentielle et que Marianne et son équipe ont encore un long chemin à parcourir, le Kufunda Learning Village est, selon nous, une belle lueur d’espoir dans un paysage très sombre. Et c’est pour cela que nous souhaitions le mettre en avant.


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