Alain
Mathys - Paris (France) - 24 Avril 2003
L'accès à
l'Eau pour tous...
Une multinationale,
cotée en bourse, présente dans plus de 130 pays, est-elle crédible
lorsqu’elle prétend participer à la diminution de la pauvreté,
et permettre à des couches de population pauvres d’accéder
à un des besoin les plus essentiels : l’eau ? C’est pour
répondre à cette interrogation que nous avons voulu rencontrer
Alain Mathys, directeur de l’environnement et du développement
durable chez Suez Environnement.
Filiale de Suez spécialisée les services de gestion des eaux,
Ondeo par l’intermédiaire de ses clients - municipalités
des grandes agglomérations - fournit 115 Millions de personnes en eau
potable chaque jour ce qui fait d’elle le leader mondial du secteur
(devant Veolia, ex-Vivendi Environnement).
« Au 21ème siècle, la solution aux problèmes d’accès
à l’eau des populations défavorisées viendra de
l’initiative née du dialogue entre ONG et entreprises privées
». Cette conviction majeure, Alain Mathys l’a acquise au cours
d’une carrière consacrée aux problématiques de
l’eau, de son travail au sein d’ONGs en Afrique, de l’UNICEF
ou à la Banque Mondiale. Cohérent, il est aujourd’hui
à l’origine du programme « Eau et Assainissement pour tous
» d’Ondeo. Ce programme est intéressant car ses objectifs
sont d’intégrer à toute l’activité d’Ondeo
des objectifs de meilleure couverture des populations en difficulté.
Alain Mathys nous explique que le marché de l’eau a connu un
changement radical dans son approche. Auparavant, l’accès à
l’eau était régi par l’offre et les entreprises
ne s’intéressaient pas aux populations pauvres par peur des nombreux
problèmes de recouvrement et parce qu’individuellement, la consommation
potentielle était plus faible. Mais le monde a changé, dorénavant,
pour gagner des marchés il faut s’engager sur la couverture de
zones pauvres avec des moyens adaptés. Et ce qui a surpris le plus,
c’est que les populations défavorisées, mesurant davantage
le caractère essentiel du service rendu paient dans de meilleures conditions
et gaspillent moins que les populations aisées… Surpris ?
Dans des villes où le programme a déjà été
lancé (Buenos Aires, Casablanca, Djakarta, La Paz…), le taux
de recouvrement des factures dans ces quartiers est plus élevé
que dans les quartier aisés (de l’ordre de 90 %).
Alain Mathys et son équipe s’apparentent ainsi à une équipe
d’ingénieurs sociaux. Dessiner les plans de réseaux efficaces
ne suffit plus, il faut désormais savoir dialoguer avec la population
locale pour connaître les réels besoins par quartiers (fontaines
communes ou robinets dans chaque maison, procédé de facturation
individuel ou collectif..) et s’appuyer sur des ONGs locales pour la
formation et organiser le paiement du service.
Ce programme permet aujourd’hui à Ondeo d’approvisionner
8 millions de personnes défavorisées (ayant moins de 1US$/jour
pour vivre) et se fixe l’objectif d’approvisionner 11.7 millions
à la fin de l’année 2003 (représentant 40% de leurs
clients dans ces agglomérations). Permettre aux populations locales
d’accéder à l’eau n’est plus considérée
comme une « bonne œuvre » de Suez mais une raison essentielle
de son succès, c’est ce savoir faire d’ingénierie
sociale qui lui fait gagner les contrats.
Face à l’enjeu d’épuisement des ressources en eaux
potables, Ondeo aussi a une approche innovante. En vue de limiter les gaspillages,
les prix appliqués sont progressifs. En clair, le 20ème litre
consommé coûte plus cher que le 1er : les gros consommateurs
paient pour les petits.
Bien entendu, il est parfois difficile pour Ondeo de supporter les risques
géopolitiques. Alain Mathys nous explique qu’ils ont dû,
par exemple, se désengager d’un contrat signé pour 20
ans à Manille (aux Philippines) car une dévaluation de la monnaie
locale a fait chuté les recettes d’Ondeo de près de 70%.
Les emprunts nécessaires à la construction de telles infrastructures
étant libellées en dollars et l’Etat philippin ne garantissant
plus les recettes minimales pourtant convenues dans le contrat, la situation
n’était plus tenable.
Et c’est là une des principales difficultés de tels programmes
: l’équilibre entre des investissements colossaux, et de forts
impératifs de rentabilité. Désormais, dans chaque ville
ou le programme est implanté, Ondeo tente de trouver un maximum de
financements en monnaie locale, devenant ainsi moins dépendants des
fluctuations de change.
Alain Mathys ne désespère pas : « Ce n’est que l’instabilité
politique locale qui freine aujourd’hui l’accès d’Ondeo
à des pays en situation de pauvreté extrême car à
moyen terme, ces pays représenteront, comme l’explique Joseph
Stiglitz, ex numéro 2 de la Banque Mondiale, des zones de demande encore
non satisfaites et donc de croissance. »
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