Makoto Murase - Sumida (Japon) - 20 Janvier 2004

"Dr. Rainwater, il y a le feu au lac"



L’accès à l’eau est l’un des enjeux majeurs du siècle qui commence. Depuis plusieurs années, de nombreux experts dénoncent, entre autres, la pollution des nappes phréatiques et les problèmes d’approvisionnement des grandes métropoles pendant les saisons chaudes. Certains vont jusqu’à prévoir l’accroissement de conflits régionaux liés à cette précieuse ressource. Aussi, les efforts techniques, humains et financiers entrepris chaque année pour apporter des solutions à ces nouveaux enjeux sont considérables. Pourtant, c’est sans doute une des idées les plus simples, développée au Japon depuis plus de 20 ans par Makoto Murase, qui pourrait permettre d’y répondre.

Diplômé de l’Université de Pharmacie de Tokyo, Makoto accepte en 1976 un poste à la direction sanitaire de Sumida, dans la banlieue de la capitale Japonaise. Au début des années 80, de violentes tempêtes causent en quelques jours de très fortes inondations. Incapable d’absorber les énormes quantités d’eaux de pluies déferlantes dans cette « jungle de béton», le système d’égout municipal est vite saturé. Makoto est alors détaché dans les quartiers de Sumida pour régler les nombreux problèmes sanitaires. Il veut trouver des solutions pour éviter ces catastrophes à répétition et s’aide d’un groupe d’experts reconnus. Une des réponses évoquées est de capter l’eau de pluie en amont et de la stocker dans de grands réservoirs souterrains. D’abord sceptique, il s’empare vite de cette idée et fait de longues recherches pendant plusieurs mois pour en connaître la faisabilité et le coût.

Il comprend rapidement que ce procédé peut répondre à plusieurs enjeux. Cette eau collectée sur les toits, filtrée par d’ingénieux systèmes placés dans les gouttières n’est pas buvable à cause de la pollution atmosphérique qu’elle contient. Cependant, elle peut facilement être utilisée pour les chasses d’eaux, les machines à laver, l’arrosage des plantes et les cas d’extrême urgence (feux et tremblements de terre). Ainsi, on dispose de ressources en eau quasiment neutre pour l’environnement (peu d’énergie pour la rendre disponible, pas de combustible fossile pour l’acheminer et aucun gaz à effet de serre émis).

Au même moment, le plus grand stade de Sumotoris de Tokyo doit être construit à Sumida. Makoto propose son idée au constructeur, et essuie son premier refus. « J’étais très déçu car je croyais à ces idées, mais il me fallait convaincre autrement ». Par «autrement », il faut évidemment comprendre convaincre de la viabilité financière... Et Makoto Murase y parvient en prouvant au client final, la Fédération Japonaise de Sumo, que l’investissement de départ (réservoirs en ciments de plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes, pompes et systèmes de collecte sur les toits) sera non seulement rentabilisé en 5 ans grâce aux économies de factures mais qu’ensuite, cela leur fera gagner chaque année plusieurs millions de yens.

Mis en pratique pour la première fois en 1986, les systèmes de celui que l’on nomme maintenant le Dr. Rainwater* ont fait beaucoup d’adeptes. En 1995, voyant que les inondations avaient totalement cessé et que les résultats économiques étaient très favorables, la municipalité de Sumida a imposé la construction de réservoirs d’eau de pluie souterrains pour chaque nouvel immeuble. Elle fut suivie depuis quelques mois par la ville de Tokyo et c’est désormais plus de 1000 bâtiments au Japon, dont 5 stades de la Coupe du Monde de football qui s’en sont équipés. Dernier grand projet en date, cette fois-ci à l’extérieur du Japon : le stade olympique de Pékin.

Fort de cette fantastique réussite, le Dr. Rainwater a obtenu en 2002, le prix Rolex de l’entreprenariat, un grand concours récompensant tous les 2 ans, les exceptionnels efforts de 10 personnalités à travers le monde, oeuvrant pour la préservation de l’environnement, la médecine ou le patrimoine culturel. Les 4 millions de yens reçus à cette occasion (15.000 €) lui ont servi à développer des publications pour répandre ses pratiques et organiser un réseau de promotion au niveau international.

Mais cela ne va pas encore assez vite pour lui. « Ce qui manque pour que ces pratiques se diffusent, c’est que chacun d’entre nous se rende compte que l’eau est une ressource rare qu’il faut économiser, et que ce type de solution simple, sans contrainte pour l’utilisateur et économe permettra d’améliorer considérablement la vie de nos enfants ». Et grâce à une énergie et une soif de vie considérable, le Dr Rainwater convainc de plus en plus de monde, dans les mégalopoles occidentales comme les campagnes indiennes.


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