Sissaliao Svengsuka - Vientiane (Laos) - 5 Décembre 2003

Tout reprendre et Entreprendre.



Sissaliao Svengsuka est le fondateur de la première coopérative non-collectiviste du Laos. Sa société, la « Lao’s Farmers Products », commercialise des produits alimentaires à destination des circuits du commerce équitable en Europe. Il nous explique en quoi ces débouchés sont, selon lui, une des seules solutions pour amorcer le développement durable de son pays.

Originaire d’un petit village des provinces du Sud, Sissaliao grandit dans un pays totalement fermé et gouverné sévèrement par le parti communiste. À cette époque, les fervents idéologues suivent la doctrine soviétique et réorganisent de force toute l’économie nationale en coopératives collectivistes : les fameux sovkhozes et kolkhozes. Poussé par son père, pour lequel seule l’éducation de ses enfants est synonyme de meilleur avenir, il s’illustre rapidement en obtenant, comme seulement 50 autres adolescents de sa génération, son baccalauréat.

Si rare est l’obtention de ce diplôme que l’Etat Lao récompense les lauréats d’une bourse pour étudier en France. À l’âge de 18 ans, il quitte Vientiane pour les bancs de l’Université de Géographie de Bordeaux. Pendant 5 années, il travaille comme cuisinier dans un restaurant universitaire pour payer ses dépenses quotidiennes. Diplômé en 1977, il rentre au pays et accepte un poste de directeur d’étude en Sciences Sociales au sein de l’Administration Lao. Après 13 ans de bons et loyaux services, il change d’horizons et devient directeur d’un projet de développement rural financé par l’Union Européenne. C’est là qu’il confronte ses idées théoriques sur le développement à la dure réalité des minorités ethniques dont il tente d’améliorer le quotidien.

Au bout de 5 années, le projet est un succès, les bailleurs de fonds sont prêts à financer une deuxième phase, mais Sissaliao veut construire quelque chose de plus durable. « La solution pour le développement durable de ces populations réside non pas dans la multiplication de projets d’aide à court terme, mais dans l’organisation des débouchés pour leur production ». Il décide alors de créer une coopérative chargée de produire et commercialiser confitures, jus et pâtes de fruits issus de l’agriculture biologique pratiquée par ces minorités.

Nous sommes en 1995 mais le pays n’est pas encore ouvert à l’économie de marché. Aucune banque de crédit industriel n’existe, le marché intérieur est trop faible pour amorcer la croissance de la consommation et tous les biens, du trombone au mixer, sont importés de Thaïlande ou des autres pays limitrophes. Les initiatives privées sont encore complètement interdites et il réussit pourtant, après de nombreux efforts, à convaincre de hauts fonctionnaires du parti de fermer les yeux pendant quelque temps. Il commence cette petite structure totalement illégale avec 4 000 € d’apports fournis par des laotiens expatriés.

2 années plus tard, grâce à la lente ouverture du pays décidée en 1996 et surtout à des résultats étonnants, la « Lao’s Farmers Products » est devenue un modèle de développement à l’échelle nationale. La coopérative emploie désormais une centaine de personnes, réalise un chiffre d’affaires de 300 000 € (avec une rentabilité de 10%) et s’approvisionne auprès de 10 000 familles. Sissaliao évalue que ses fournisseurs, tous des petits producteurs, ont vu leur revenus augmenter de 20 à 50 % depuis la création de la coopérative.

À l’autre bout de la filière, il écoule sa production via les canaux d’Artisans du Monde, c’est-à-dire dans des boutiques en France, en Allemagne et au Royaume-Uni et va bientôt tenter de référencer ses produits en grande distribution. Véritable pionnier dans son pays, il ne veut pas s’arrêter en si bon chemin et tente déjà de créer un fond de refinancement des coopératives ainsi que des structures de micro-crédit dans les zones rurales afin de « redonner le goût et surtout la possibilité aux Laotiens d’entreprendre ».


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