Anton
Wolfgang von Faber-Castell -Stein (Allemagne) - 10 Juillet
2003
La gestion durable du
bois : une vraie mine !
Faber-Castell,
un des leaders mondiaux de l’écriture, présent dans 120
pays, spécialisé dans la vente de crayons à papier, est
le seul groupe de ce secteur à gérer durablement ses besoins
en bois. Comment ce groupe bicentenaire arrive à concilier son nécessaire
développement économique avec une lutte active contre la déforestation
?
Société familiale créée en 1761, son actuel président
est fier de nous dire qu'elle fut pionnière dans sa politique sociale.
À titre d’exemple, dès 1844 fut instauré un système
de Sécurité Sociale pour ses employés, bien avant les
premières lois sociales en Allemagne.
En 1978, suite au décès de son père, Anton Wolfgang reprend
les rênes du groupe. Suite à des problèmes d’approvisionnements
au début des années 1980, une des premières décisions
de ce jeune patron sera de créer une véritable « usine
à bois » qui devra satisfaire les besoins de l’entreprise
en pleine croissance. En 1981, Faber-Castell s’implante à Prata,
dans le Mato Grosso do Sul, un Etat situé au sud-ouest de l’Amazonie
au Brésil. L’idée est simple, planter 10.000 hectares
de forêts de pins dans un premier temps et une fois à maturité,
replanter chaque arbre coupé.
Selon M. Faber-Castell, le début des activités ne fut pas facile.
Choix du bois difficile, qualité insuffisante, logistique entre le
Brésil et l’Allemagne, difficulté à former les
équipes sur place, autant de problèmes à gérer
qui venaient remettre en cause chaque jour un investissement, qui de toute
façon, verrait naître son premier arbre « utilisable »
seulement 11 ans après sa plantation ! Après des phases de test
sur 4 ans, les premiers hectares furent plantés, et ce n’est
qu’en 1996 que les premiers arbres furent utilisés pour la production
des crayons Faber-Castell.
Sept années après, c’est 90 % du bois consommé
par les usines du groupe qui provient de ces plantations certifiées
FSC (le Forest Stewartship Council, voir lexique ). C’est 20 mètres
cube de bois planté chaque heure et 2,5 Millions de jeunes arbres qui
aident à produire les 1,5 Milliards de crayons qui sortent des usines
chaque année.
Selon lui, les motivations de ce choix étaient multiples. Bien que
sensibilisé très jeune par son père aux questions environnementales,
c’est pour des raisons évidentes de maîtrise des coûts
et de la qualité du bois que la décision fut prise. L’aspect
écologique de cette gestion venait parfaire sa stratégie et
s’est révélé être un formidable moyen de
motivation pour ses salariés Brésiliens et Allemands.
Une fois de plus, M. Faber-Castell nous confirme que le fait que cette société
soit détenue par sa famille et non cotée sur les marchés
financiers aide son management à raisonner à plus long terme.
Ainsi, c’est seulement après 15 ou 20 ans d’investissement
financier, humain et écologique que les premiers effets positifs se
sont fait sentir. Lorsque que l’on doit rendre des comptes sur sa gestion
2 ou 4 fois par an comme aux Etats-Unis, ce type de décision est plus
délicat et surtout moins rémunérateur à court
terme pour le dirigeant.
Il nous répète que sa gestion demeure prudente et minimise son
succès. Pour lui, le Développement Durable est avant tout une
démarche d’effort continu, qui petit à petit tire son
entreprise et son impact social et environnemental vers le haut.
Ainsi, pas des grands projets spectaculaires pour les 5 ans qui viennent mais
une amélioration graduelle de ce qui existe déjà. Passer
à 100% de bois « durable », faire certifier ISO 14001 (norme
environnementale, voir lexique ) tous ses sites de production, commencer à
contrôler ses fournisseurs sur leurs pratiques en les incitant à
s’améliorer plutôt qu’en les sanctionnant, continuer
paisiblement les actions de développement et d’éducation
au Brésil… Voilà un bon exemple de gestion en bon père
de famille : et si c’était ça le Développement
Durable ?
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