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Carlo,
pour les intimes...
On s’imagine souvent l’écolo moyen comme
un personnage sympathique mais hors de son temps, réfractaire
à toute nouveauté et menant une vie triste et
sans plaisir. Carlo Petrini en est le meilleur contre-exemple.
Ce piémontais chaleureux nous a reçu à
Bra, dans son Université du Goût pour nous démontrer
qu’on ne peut être écolo sans être
bon vivant, et vice et versa.
Si Carlo n’a jamais réussi à expliquer
son métier à sa mère, c’est qu’il
en a souvent changé et que son parcours est assez atypique.
Selon lui, tout remonte à ses 19 ans où il découvre
pour la première fois le Paris vibrant de mai 68. Et
sa vie ne pourra dès lors qu’être marquée
par un engagement fort et militant pour les causes et les
idéaux qu’il a découvert au quartier latin.
Son premier combat, dans l’Italie des années
70, est engagé pour la liberté d’expression.
Grâce à un vieux poste émetteur récupéré
de la guerre gréco-chypriote, il crée clandestinement
la première radio libre du pays. Au terme d’une
série de manifestations qu’il mène avec
Dario Fo, un écrivain italien futur Prix Nobel, et
qui suscitent très vite un débat national, il
remporte une première victoire. Dans le « civil
», il est animateur culturel et monte des festivals
de musique populaire et ethnique.
Mais c’est à la suite d’un nouveau voyage
en France, « la seconde patrie de tout piémontais
», qu’il remarque à quel point notre pays
a le souci de préserver les traditions du terroir.
Et Carlo se désespère de voir l’Italie
perdre la diversité des recettes et des produits au
profit d’une standardisation de la nourriture. En 1989,
l’arrivée d’un Macdo sur la Piazza d’Espagna
à Rome déchaîne les passions, on refuse
de défigurer la place par un M géant jaune et
clignotant. L’affaire se résout par un «
compromis à l’italienne », qui selon Carlo
Petrini, laissera « Mc Do installer un restaurant dont
l’architecture ne ruine pas la place, mais dont les
hamburgers continuent de ruiner les estomacs romains…
».
C’est à la suite de cet événement
qu’il décide d’agir. Mais malgré
son opposition au modèle, Carlo est bien conscient
qu’on ne peut décemment le critiquer sans en
proposer un autre crédible, accessible et qui donne
envie. C’est donc depuis l’Opéra Comique
de Paris que sera célébrée la création
de l’Association Slow Food, dont le manifeste fondateur
promeut un art de vivre respectueux de la diversité
des saveurs et des producteurs du terroir. L’éloge
est fait de la lenteur, pas comme principe d’action
absolu, mais juste pour « de temps en temps, prendre
son temps ».
L’association se donne pour mission d’identifier
et de sauvegarder les « produits en voie d’extinction
» et s’active pour les faire connaître.
Elle crée la métaphore de l’arche du goût
qui répertorie de manière exhaustive les savoir-faire
et les recettes traditionnelles. Mais identifier ne suffit
pas, il faut aider les producteurs locaux à gagner
leur vie avec leurs produits. Des sentinelles du goût
sont ainsi créées attachées à
un produit ou une recette. La sentinelle du chapon du morozzo
a, par exemple, permis de relancer l’activité
économique d’un village rural dont c’était
la spécialité. Et même aux Etats-Unis,
la Mecque du fast food, Slow Food USA a remis à la
mode la dinde traditionnelle par une campagne efficace au
moment de Thanksgiving.
En 1996, le premier salon du goût, qui permet à
des centaines de petits producteurs de venir faire connaître
leurs produits traditionnels a accueilli près de 20
000 visiteurs. Le dernier en 2002 en a accueilli près
de 140 000. De nombreux ateliers de dégustation sont
montés et les familles qui visitent les lieux redécouvrent
qu’il existe plus de 4 types de pommes…
Fort de plus de 80 000 membres aujourd’hui, Slow Food
s’est internationalisé et défend les communautés
locales et leurs savoirs culinaires traditionnels aux quatre
coins du globe. L’association a aussi créé
une maison d’édition qui, entre autres, sort
un guide des bonnes tables qui est un best seller en Italie.
Elle vient de créer à Bra une Université
des Sciences Gastronomiques qui formera à la gastronomie,
et à l’agro écologie plus de 65 étudiants
cette année, originaires de 13 pays différents.
La petite association créée il y a 15 ans par
une bande de copains idéalistes est donc devenue une
formidable machine à promouvoir les produits locaux.
Et bien au delà, Slow Food donne un aperçu d’un
monde durable possible et souhaitable, et, bonne nouvelle,
ça donne envie !
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