Carlo Petrini - Bra (Italie) - 27 Août 2004

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Carlo, pour les intimes...


On s’imagine souvent l’écolo moyen comme un personnage sympathique mais hors de son temps, réfractaire à toute nouveauté et menant une vie triste et sans plaisir. Carlo Petrini en est le meilleur contre-exemple. Ce piémontais chaleureux nous a reçu à Bra, dans son Université du Goût pour nous démontrer qu’on ne peut être écolo sans être bon vivant, et vice et versa.

Si Carlo n’a jamais réussi à expliquer son métier à sa mère, c’est qu’il en a souvent changé et que son parcours est assez atypique. Selon lui, tout remonte à ses 19 ans où il découvre pour la première fois le Paris vibrant de mai 68. Et sa vie ne pourra dès lors qu’être marquée par un engagement fort et militant pour les causes et les idéaux qu’il a découvert au quartier latin. Son premier combat, dans l’Italie des années 70, est engagé pour la liberté d’expression. Grâce à un vieux poste émetteur récupéré de la guerre gréco-chypriote, il crée clandestinement la première radio libre du pays. Au terme d’une série de manifestations qu’il mène avec Dario Fo, un écrivain italien futur Prix Nobel, et qui suscitent très vite un débat national, il remporte une première victoire. Dans le « civil », il est animateur culturel et monte des festivals de musique populaire et ethnique.

Mais c’est à la suite d’un nouveau voyage en France, « la seconde patrie de tout piémontais », qu’il remarque à quel point notre pays a le souci de préserver les traditions du terroir. Et Carlo se désespère de voir l’Italie perdre la diversité des recettes et des produits au profit d’une standardisation de la nourriture. En 1989, l’arrivée d’un Macdo sur la Piazza d’Espagna à Rome déchaîne les passions, on refuse de défigurer la place par un M géant jaune et clignotant. L’affaire se résout par un « compromis à l’italienne », qui selon Carlo Petrini, laissera « Mc Do installer un restaurant dont l’architecture ne ruine pas la place, mais dont les hamburgers continuent de ruiner les estomacs romains… ».

C’est à la suite de cet événement qu’il décide d’agir. Mais malgré son opposition au modèle, Carlo est bien conscient qu’on ne peut décemment le critiquer sans en proposer un autre crédible, accessible et qui donne envie. C’est donc depuis l’Opéra Comique de Paris que sera célébrée la création de l’Association Slow Food, dont le manifeste fondateur promeut un art de vivre respectueux de la diversité des saveurs et des producteurs du terroir. L’éloge est fait de la lenteur, pas comme principe d’action absolu, mais juste pour « de temps en temps, prendre son temps ».

L’association se donne pour mission d’identifier et de sauvegarder les « produits en voie d’extinction » et s’active pour les faire connaître. Elle crée la métaphore de l’arche du goût qui répertorie de manière exhaustive les savoir-faire et les recettes traditionnelles. Mais identifier ne suffit pas, il faut aider les producteurs locaux à gagner leur vie avec leurs produits. Des sentinelles du goût sont ainsi créées attachées à un produit ou une recette. La sentinelle du chapon du morozzo a, par exemple, permis de relancer l’activité économique d’un village rural dont c’était la spécialité. Et même aux Etats-Unis, la Mecque du fast food, Slow Food USA a remis à la mode la dinde traditionnelle par une campagne efficace au moment de Thanksgiving.
En 1996, le premier salon du goût, qui permet à des centaines de petits producteurs de venir faire connaître leurs produits traditionnels a accueilli près de 20 000 visiteurs. Le dernier en 2002 en a accueilli près de 140 000. De nombreux ateliers de dégustation sont montés et les familles qui visitent les lieux redécouvrent qu’il existe plus de 4 types de pommes…

Fort de plus de 80 000 membres aujourd’hui, Slow Food s’est internationalisé et défend les communautés locales et leurs savoirs culinaires traditionnels aux quatre coins du globe. L’association a aussi créé une maison d’édition qui, entre autres, sort un guide des bonnes tables qui est un best seller en Italie. Elle vient de créer à Bra une Université des Sciences Gastronomiques qui formera à la gastronomie, et à l’agro écologie plus de 65 étudiants cette année, originaires de 13 pays différents.

La petite association créée il y a 15 ans par une bande de copains idéalistes est donc devenue une formidable machine à promouvoir les produits locaux. Et bien au delà, Slow Food donne un aperçu d’un monde durable possible et souhaitable, et, bonne nouvelle, ça donne envie !


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Pour en savoir + :

Le site de Slow Food