|
Dr. Rainwater*, il y a le feu au lac...
L’accès à l’eau est l’un des
enjeux majeurs du siècle qui commence. Depuis plusieurs
années, de nombreux experts dénoncent, entre
autres, la pollution des nappes phréatiques et les
problèmes d’approvisionnement des grandes métropoles
pendant les saisons chaudes. Certains vont jusqu’à
prévoir l’accroissement de conflits régionaux
liés à cette précieuse ressource. Aussi,
les efforts techniques, humains et financiers entrepris chaque
année pour apporter des solutions à ces nouveaux
enjeux sont considérables. Pourtant, c’est sans
doute une des idées les plus simples, développée
au Japon depuis plus de 20 ans par Makoto Murase, qui pourrait
permettre d’y répondre.
Diplômé de l’Université de Pharmacie
de Tokyo, Makoto accepte en 1976 un poste à la direction
sanitaire de Sumida, dans la banlieue de la capitale Japonaise.
Au début des années 80, de violentes tempêtes
causent en quelques jours de très fortes inondations.
Incapable d’absorber les énormes quantités
d’eaux de pluies déferlantes dans cette «
jungle de béton», le système d’égout
municipal est vite saturé. Makoto est alors détaché
dans les quartiers de Sumida pour régler les nombreux
problèmes sanitaires. Il veut trouver des solutions
pour éviter ces catastrophes à répétition
et s’aide d’un groupe d’experts reconnus.
Une des réponses évoquées est de capter
l’eau de pluie en amont et de la stocker dans de grands
réservoirs souterrains. D’abord sceptique, il
s’empare vite de cette idée et fait de longues
recherches pendant plusieurs mois pour en connaître
la faisabilité et le coût.
Il comprend rapidement que ce procédé peut répondre
à plusieurs enjeux. Cette eau collectée sur
les toits, filtrée par d’ingénieux systèmes
placés dans les gouttières n’est pas buvable
à cause de la pollution atmosphérique qu’elle
contient. Cependant, elle peut facilement être utilisée
pour les chasses d’eaux, les machines à laver,
l’arrosage des plantes et les cas d’extrême
urgence (feux et tremblements de terre). Ainsi, on dispose
de ressources en eau quasiment neutre pour l’environnement
(peu d’énergie pour la rendre disponible, pas
de combustible fossile pour l’acheminer et aucun gaz
à effet de serre émis).
Au même moment, le plus grand stade de Sumotoris de
Tokyo doit être construit à Sumida. Makoto propose
son idée au constructeur, et essuie son premier refus.
« J’étais très déçu
car je croyais à ces idées, mais il me fallait
convaincre autrement ». Par «autrement »,
il faut évidemment comprendre convaincre de la viabilité
financière... Et Makoto Murase y parvient en prouvant
au client final, la Fédération Japonaise de
Sumo, que l’investissement de départ (réservoirs
en ciments de plusieurs dizaines de milliers de mètres
cubes, pompes et systèmes de collecte sur les toits)
sera non seulement rentabilisé en 5 ans grâce
aux économies de factures mais qu’ensuite, cela
leur fera gagner chaque année plusieurs millions de
yens.
Mis en pratique pour la première fois en 1986, les
systèmes de celui que l’on nomme maintenant le
Dr. Rainwater* ont fait beaucoup d’adeptes. En 1995,
voyant que les inondations avaient totalement cessé
et que les résultats économiques étaient
très favorables, la municipalité de Sumida a
imposé la construction de réservoirs d’eau
de pluie souterrains pour chaque nouvel immeuble. Elle fut
suivie depuis quelques mois par la ville de Tokyo et c’est
désormais plus de 1000 bâtiments au Japon, dont
5 stades de la Coupe du Monde de football qui s’en sont
équipés. Dernier grand projet en date, cette
fois-ci à l’extérieur du Japon : le stade
olympique de Pékin.
Fort de cette fantastique réussite, le Dr. Rainwater
a obtenu en 2002, le prix Rolex de l’entreprenariat,
un grand concours récompensant tous les 2 ans, les
exceptionnels efforts de 10 personnalités à
travers le monde, oeuvrant pour la préservation de
l’environnement, la médecine ou le patrimoine
culturel. Les 4 millions de yens reçus à cette
occasion (15.000 €) lui ont servi à développer
des publications pour répandre ses pratiques et organiser
un réseau de promotion au niveau international.
Mais cela ne va pas encore assez vite pour lui. « Ce
qui manque pour que ces pratiques se diffusent, c’est
que chacun d’entre nous se rende compte que l’eau
est une ressource rare qu’il faut économiser,
et que ce type de solution simple, sans contrainte pour l’utilisateur
et économe permettra d’améliorer considérablement
la vie de nos enfants ». Et grâce à une
énergie et une soif de vie considérable, le
Dr Rainwater convainc de plus en plus de monde, dans les mégalopoles
occidentales comme les campagnes indiennes.
*Dr. Rainwater : Dr. Eau de pluie.
Pour lire d'autres PORTRAITS
Pour voir notre PARCOURS
|