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Tout reprendre et Entreprendre.
Sissaliao Svengsuka est le fondateur de la première
coopérative non-collectiviste du Laos. Sa société,
la « Lao’s Farmers Products », commercialise
des produits alimentaires à destination des circuits
du commerce équitable en Europe. Il nous explique en
quoi ces débouchés sont, selon lui, une des
seules solutions pour amorcer le développement durable
de son pays.
Originaire d’un petit village des provinces du Sud,
Sissaliao grandit dans un pays totalement fermé et
gouverné sévèrement par le parti communiste.
À cette époque, les fervents idéologues
suivent la doctrine soviétique et réorganisent
de force toute l’économie nationale en coopératives
collectivistes : les fameux sovkhozes et kolkhozes. Poussé
par son père, pour lequel seule l’éducation
de ses enfants est synonyme de meilleur avenir, il s’illustre
rapidement en obtenant, comme seulement 50 autres adolescents
de sa génération, son baccalauréat.
Si rare est l’obtention de ce diplôme que l’Etat
Lao récompense les lauréats d’une bourse
pour étudier en France. À l’âge
de 18 ans, il quitte Vientiane pour les bancs de l’Université
de Géographie de Bordeaux. Pendant 5 années,
il travaille comme cuisinier dans un restaurant universitaire
pour payer ses dépenses quotidiennes. Diplômé
en 1977, il rentre au pays et accepte un poste de directeur
d’étude en Sciences Sociales au sein de l’Administration
Lao. Après 13 ans de bons et loyaux services, il change
d’horizons et devient directeur d’un projet de
développement rural financé par l’Union
Européenne. C’est là qu’il confronte
ses idées théoriques sur le développement
à la dure réalité des minorités
ethniques dont il tente d’améliorer le quotidien.
Au bout de 5 années, le projet est un succès,
les bailleurs de fonds sont prêts à financer
une deuxième phase, mais Sissaliao veut construire
quelque chose de plus durable. « La solution pour le
développement durable de ces populations réside
non pas dans la multiplication de projets d’aide à
court terme, mais dans l’organisation des débouchés
pour leur production ». Il décide alors de créer
une coopérative chargée de produire et commercialiser
confitures, jus et pâtes de fruits issus de l’agriculture
biologique pratiquée par ces minorités.
Nous sommes en 1995 mais le pays n’est pas encore ouvert
à l’économie de marché. Aucune
banque de crédit industriel n’existe, le marché
intérieur est trop faible pour amorcer la croissance
de la consommation et tous les biens, du trombone au mixer,
sont importés de Thaïlande ou des autres pays
limitrophes. Les initiatives privées sont encore complètement
interdites et il réussit pourtant, après de
nombreux efforts, à convaincre de hauts fonctionnaires
du parti de fermer les yeux pendant quelque temps. Il commence
cette petite structure totalement illégale avec 4 000
€ d’apports fournis par des laotiens expatriés.
2 années plus tard, grâce à la lente ouverture
du pays décidée en 1996 et surtout à
des résultats étonnants, la « Lao’s
Farmers Products » est devenue un modèle de développement
à l’échelle nationale. La coopérative
emploie désormais une centaine de personnes, réalise
un chiffre d’affaires de 300 000 € (avec une rentabilité
de 10%) et s’approvisionne auprès de 10 000 familles.
Sissaliao évalue que ses fournisseurs, tous des petits
producteurs, ont vu leur revenus augmenter de 20 à
50 % depuis la création de la coopérative.
À l’autre bout de la filière, il écoule
sa production via les canaux d’Artisans du Monde, c’est-à-dire
dans des boutiques en France, en Allemagne et au Royaume-Uni
et va bientôt tenter de référencer ses
produits en grande distribution. Véritable pionnier
dans son pays, il ne veut pas s’arrêter en si
bon chemin et tente déjà de créer un
fond de refinancement des coopératives ainsi que des
structures de micro-crédit dans les zones rurales afin
de « redonner le goût et surtout la possibilité
aux Laotiens d’entreprendre ».
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